27 décembre 2004
Nous sommes sortis de notre gros hôtel chinois rouge, blanc et doré hier matin et nous sommes montés sur la montagne du temple Lingyin dans la bruine et le brouillard.
Sur les parois rocheuses sont sculptés des bouddhas et des divinités en bas relief dans le roc envahi par la végétation.
L'atmosphère humide et irréelle me rappelait le Sikkim. Nous avons grimpé en haut de la montagne puis avons pénétré en contre-bas dans l'enceinte du temple avec dans chacune des bâtisses d'énormes statues de bouddhas de 10 à 15 mètres, des vases, des offrandes et des fumées d'encens…
Dans l'un deux en forme de svastika, nous avons longé des centaines de représentations des disciples du bouddha grandeur nature avec des visage très réalistes qui surplombent les allées.
En redescendant nous avons fait une halte au mausolée de Yue Fei, puis une courte visite au lac que nous avions traversé la veille, noyé dans la brume.
Je m'étais toujours dit que je voulais voir la Chine hivernale, froide et humide qui me semblait plus magique, c'est ce que je vois et je suis ravi.
Nous avons profité du temps qu'il nous restait avant d'embarquer sur le bateau, en nous substantant et nous réchauffant à l'hôtel.
A 17h 30 nous avons embarqué sur un petit rafiot qui devait nous conduire de Hangzhou à Suzhou, 250 km au nord par l'énorme canal d'Hangzhou à Pékin construit en 1100.
Nous avons embarqué avec une quinzaine de marchands à l'air frustre mais pas désagréable qui semblaient étonnés que nous choisissions le bateau pour nous rendre à Suzhou.
Ils ont transformé la petite salle à manger avec des rideaux en tergal en tripot chinois et ont joué jusque tard dans la nuit au ma-jong en regardant des histoires d'amour maoïstes à la télévision.
J'ai mis quelquefois la tête hors du bateau pour voir les bords du canal, parfois ce sont de grosses usines puis des kilomètres de campagne plate, avec de l'eau et des saules pleureurs qui se distinguent à peine dans la nuit noire de chaque côté du grand canal de 40 mètres.
Le trajet dure 13 heures et nous avions un petite cabine de deux mètres carré. J'ai très peu dormi mais j'aime ces épisodes qui font éprouver le voyage et font faire des choses qu'on n'a pas envie de renouveler une seconde fois mais qu'on est heureux d'avoir vécu une fois.
Nous sommes arrivés à Suzhou à 7 heures du matin.
Nous avons consacré la matinée à faire une seconde nuit de sommeil.
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La ville de Suzhou est très belle. C'est ici que Marco Polo a abouti et a cru retrouver Venise.
Elle est toujours bâtie sur des canaux enjambés par des ponts ronds… Il reste moins de ponts qu'à cette époque 150 au lieu de 1500.
C'est la ville des lettrés et c'est ici aussi qu'a été pensé et réalisé beaucoup de la littérature chinoise, de la peinture, de l'architecture et de l'art des jardins !
Nous avons parcouru seuls dans le froid de l'après-midi la villa-jardin du Maître des filets. Un ensemble de pavillons, bibliothèques, salons de thé agencés dans un jardin construit comme un espace très sophistiqué avec des jeux de plein et de vide, des ouvertures qui encadrent un morceau de paysage, des rocailles et des assemblages de rochers et de bonsaï ou un bosquet de bambous comme des images peintes.
Les galeries, les meubles Ming, les céramiques posées sur les consoles, les peintures et calligraphies au mur, ouvertes sur les minuscules jardins tarabiscotés reliés entre eux par d'autres galeries, ponts ou portes donnent la sensation de se promener dans un espace mental comme j'ai voulu le construire avec les images de Fûdo.
http://www.multiface.net/monteil3/
Le jardin chinois m'apparaît être à la fois à l'origine et l'exact opposé du jardin japonais.
Nous avons longé les rues et les canaux pour nous promener ensuite dans le jardin d'un autre lettré Le jardin du Pavillon des Vagues. Entre les deux sur le chemin j'ai eu la sensation que j'allais mourir de froid. Nous avons bu un demi litre de thé vert bouillant puis avons parcouru cet autre ensemble de pavillons et de jardins, moins sophistiqué mais plus libre et sensuel que le premier.
Pour ceux qui ont vu Epouses et concubines, on est un peu dans ce type d'espace et d'architecture mais je ne me souviens pas des jardins.
Nous avons redescendu la longue rue Shiquan jie bordée de jolies boutiques de soie, de mode et d'antiquités à la tombée de la nuit au moment de la sortie des écoles et du retour du travail.
Les rues sont envahies de vélos, de voitures et de piétons calmes sans aucune hystérie comme dans toutes les foules asiatiques.
Nous avons rejoint notre nouveau gros hôtel chinois deux fois plus gros que celui de la veille…
25 décembre 2004



photo Hu Yang




